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19 novembre 2017 7 19 /11 /novembre /2017 22:23

 

La place de Saillancourt a eu longtemps la particularité d’associer en un lieu, l’abreuvoir, le lavoir et la pompe où chacun venait s’approvisionner en eau potable. C’est dire, si la vie et les échanges y étaient importants.

Cette facilité est assez remarquable, car elle n’existait pas partout. A Sagy, par exemple, il fallait parcourir une certaine distance pour rejoindre le lavoir du village.

La présence  d’une nappe phréatique et de sources est due à la spécificité géologique de Saillancourt (on pourra se reporter à l’article : http://laboutonnieredesaillancourt.over-blog.com/article-histoire-geologique-des-paysages-autour-de-saillancourt-67732931.html ). Le hameau de Saillancourt a une double caractéristique qui le situe, d’une part,  à la terminaison périclinale du pli « anticlinal de Vigny », et d’autre part  à l’affleurement  entre des terrains poreux et perméables appelés les « sables de Cuise » qui reposent sur une couche imperméable dite « des argiles plastiques du Sparnacien ».

A 70 cm de profondeur , sous la place de Saillancourt, entre la base des « sables de Cuise » et le sommet des « argiles plastiques du Sparnacien » se trouve la nappe phréatique où l’espace poreux des sédiments est saturé en eau.

 

 

La nappe s’écoule naturellement à la surface au niveau de points de sources qui émergent.

La coupe géologique "AB" (direction SW – NE), perpendiculaire à l’axe de l’anticlinal, passant par la place de Saillancourt et la rue de la Goupillère, montre l’encaissement du hameau implanté sur les « argiles plastiques du Sparnacien ». Les précipitations sur les plateaux, s’infiltrent dans les couches supérieures,  la principale étant le calcaire du Lutétien, épaisse d’une trentaine de mètres. Ces calcaires, fissurés et fracturés contiennent un grand volume d’eau qui circule rapidement à travers le réseau poreux.

 

Calcaires fissurés : porosité totale 1 à 10%, porosité efficace 1 à 5 %, perméabilité de quelques mois à quelques heures selon l'hétérogénéité du milieu fissuré (Source BRGM).

 

 

En raison du pendage des couches et du pli de l’anticlinal, les écoulements sont inversés, et seul le « trop plein » de la nappe phréatique est en mesure de débiter au niveau des sources à Saillancourt. Cette configuration géologique particulière a pour conséquence d’impacter les sources locales qui sont directement dépendantes du niveau piézomètrique de la nappe.

 

 

L’épaisseur de la couche imperméable a été précisée par le sondage SC1 réalisé sur la place de Saillancourt en 2015. Du fait de la présence de la nappe phréatique, jusqu’à 6,5 m de profondeur, la partie superficielle, se matérialise, par des sédiments argileux non consolidés de consistance boueuse, saturés en eau, avec un taux de récupération inférieur à 50 %.

 

En dessous  de – 6,5 m les sédiments de constitution solide et non fluide sont récupérés à 100%. On reconnait la plasticité des argiles à la sortie du carottier.

 

La base de ces argiles est aussi la limite de 2 grandes périodes géologiques : le tertiaire et le secondaire. La craie altérée appartient à la période géologique du Crétacé. Entre le dépôt de la craie campanienne (ère secondaire) et les argiles du Sparnacien (ère tertiaire) existe une lacune correspondant à un dépôt suivi d’une érosion, épisode d’une durée de 16,5 millions d’années qui a vu d’une part l’extinction des dinosaures et d’autre part l’apparition des premiers primates

 

 

Au Paléolithique, à la fin du Pléistocène, il y a 10 000 ans, « la place de Saillancourt » ressemblait sans doute à la vallée de Nucourt, avec des sources, un ru, un marais.

 

Le plan cadastral de 1834 fait apparaître la maîtrise et l’organisation de l’eau des sources, d’un bassin correspondant à l’abreuvoir-pédiluve, et d’un circuit menant le trop plein vers « le ravin ».

 

 

Le dessin réalisé sur le plan napoléonien précise la position de l’abreuvoir-pédiluve et celle du lavoir. Le géomètre a pris soin de dessiner deux élargissements à l’endroit de la traversée du ru, qui peuvent s'interpréter comme les ornières creusées par le passage répété des charrettes montant ou descendant du plateau.

 

Le pont sur le ru, rue de La Goupillère, apparaît sur les cartes postales du début du XXème siècle.

 

Carte postale prise avant la réalisation de la voie de chemin de fer.

Au lieu de conserver la pente d’écoulement libre des eaux vers le ru, les sources ont été canalisées et un passage surélevé a été construit au dessus de la « ravine », ce qui a entraîné un comblement topographique depuis la place et peut expliquer la position des fenêtres des premières maisons dont la base se situe au niveau de la rue, une position vulnérable en cas d’inondations.

Remarque : au moment où se rédige le plan local d’urbanisme de la commune (PLU) et où l’on se préoccupe de la préservation du réseau de voies de communications rurales, il est intéressant de noter que des chemins importants, inscrits sur le cadastre de 1834 ont été privatisés. Il en est ainsi de la « sente de Saillancourt » qui rejoignait le « chemin de Pontoise », nommée « sente rurale dite des Croyettes » sur le cadastre actuel, cette sente à flanc de coteaux a disparu du domaine public.

Carte postale : Vue générale de Saillancourt prise depuis la « sente rurale dite des Croyettes » :

 

Le débit de la source de Saillancourt a été estimé à 3 litres par minute soit 4 m3 par jour lors des travaux entrepris sur la place en 2014. Toutefois, connectée à un réseau de fractures dans la masse du calcaire du Lutétien, la source est très sensible aux variations pluviomètriques et peut sans doute, d’après d’autres observations locales, fluctuer entre 0,5 et 4 m3 par jour. Cela suffirait largement à renouveler le volume du bassin du lavoir.

 

 

En 2017, l’eau de la source principale débouche dans un regard qui alimente… la nappe phréatique. Le lavoir appartenant au patrimoine rural du Vexin, devrait, dans le cadre de la rénovation de la place de Saillancourt retrouver sa mise en eau.

 

Il n’est pas question de « retourner aux sources », les voix des lavandières se sont définitivement éteintes sur la place de Saillancourt puisqu’aujourd’hui il y a GÉNIE, le seul produit pour faire la lessive sans bouillir.

 

Les années 50 ont vu disparaitre progressivement l’activité de Saillancourt, le travail de la pierre dans les carrières, les charretiers, vachers, palefreniers à l’abreuvoir, les lavandières au lavoir, le nombre d’agriculteurs….

 

Pourtant lorsque Joan Blaeu publie en 1665 son "Atlas Maior", disponible en 9 ou 12 volumes, selon les éditions, sur la « carte du Pays VEXIN FRANÇOIS » Saillancourt figure distinctement, signe de son activité économique locale.

 

Les sources sur la commune ne se limitent pas à celles du hameau de Saillancourt.

En suivant l’affleurement de la limite entre les couches poreuse (Sables du Cuisien) et imperméable (argiles plastiques du Sparnacien), certains lieux d’habitations portent des signes qui ne trompent pas.

Le Grand Mesnil :

 

Le Petit Mesnil :

 

 

 

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commentaires

B
Bravo pour cet article très intéressant qui démontre combien les activités humaines ont toujours été dépendantes de l'eau. En déconnectant le lavoir de sa source on se coupe aussi de nos racines. Espérons qu'il retrouvera bientôt sa mise en eau.
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J
Merci. A la fin de l'été et jusqu'à l'arrivée des pluies fin novembre, la nappe s'était abaissée de 40 cm et, à Saillancourt, certaines sources s'étaient arrêtées de couler. Cela montre l'équilibre fragile de la ressource en eau. Il est dommage que depuis qu'elle est distribuée au robinet elle a cessé d'être considérée à sa juste valeur.